• Un style néo-palladien

    La villa, appelée initialement château, compte parmi les curiosités et les prouesses architecturales dont fut agrémenté le littoral des Côtes d'Armor à partir de la 2ème moitié du XIXeme siècle. Par sa localisation isolée sur une colline, la villa Rohannec’h fait référence aux villas italiennes palladiennes (XVIème siècle), style toujours populaire en Europe à la fin du XIXème siècle et au début du XXème siècle connu sous le nom de néo-palladianisme et qui s'applique particulièrement aux villas de campagne. Certains aspects architecturaux et choix stylistiques y font directement référence : de plan rectangulaire symétrique, la villa présente 4 côtés et des toitures en terrasses surprenantes au regard du paysage bâti local dominé par des toitures d’ardoise à fortes pentes. 

    Œuvre probable de l'architecte briochin Charles de Carmejeanne (cf. Architectures en Bretagne au XXe siècle, Daniel Le Couëdic, Philippe Bonnet - Ed. Palantines, 2011), l'architecture de la villa s'inscrit dans la tradition de son époque et celle de bâtiments ostentatoires. La symétrie et l'usage du vocabulaire architectural du classicisme, lui-même inspiré de l'Antiquité, sont omniprésents : décor classique et éclectique sont composés selon la hiérarchie classique des trois parties superposées. Ce côté italianisant nous apparaît peut-être de façon encore plus frappante en raison de la présence apparente de la brique, peut-être initialement enduite ou peinte dans une teinte proche de la pierre. Cette teinte rouge évoque les enduits des palais vénitiens.

    Fenêtres de la villa Rohannec'h © Villa Rohannec'h
    Fenêtres de la villa Rohannec'h © Villa Rohannec'h
  • La structure et les façades du bâtiment

    Construite selon un plan rectangulaire symétrique, la villa possède des ouvertures sur les quatre côtés et présente un faux toit-terrasse puisqu'il existe bien une toiture légèrement inclinée, cachée par les balustrades. Elle se déploie sur près de 1300 m², sur 5 niveaux : sous-sol, rez-de-chaussée, 1er et 2ème étage attique (sous le toit). La façade est rythmée d'un corps central de trois travées et de deux corps latéraux d'une travée.

    Les deux façades possèdent chacune un escalier monumental ; la façade arrière (côté mer) est pourvue de deux terrasses semi-circulaires supplémentaires, à l'origine agrémentées de deux vérandas qui prolongeaient les pièces de séjour. Aujourd'hui disparues, ces vérandas apportaient une touche de modernité balnéaire à la composition plutôt classique du bâtiment. Les toits des vérandas étaient accessibles, et les baies étaient équipées d'auvents de toiles confirmant le caractère de villégiature.

    Au rez-de-chaussée, un enduit de ciment peint en beige imite un pavement calcaire à bossage en table. Les fenêtres sont en plein cintre avec un châssis de tympan en éventail (que l'on retrouve au Pavillon français, à Versailles). Aux niveaux supérieurs, des pilastres cannelés sont couronnés de chapiteaux corinthiens. A tous ces éléments révélateurs d'une influence de l'Antiquité, on peut encore ajouter les frontons surbaissés et cintrés qui couronnent les façades antérieures et postérieures.

     

  • Les matériaux

    Si l'architecture de la villa apparaît atypique dans les Côtes d'Armor, sa structure demeure relativement traditionnelle. Ce n'est ni un bâtiment en pierre de taille granitique, ni un bâtiment moderne en béton armé. Sa structure est en maçonnerie de moellons (hourdés à la terre et au mortier de chaux). Néanmoins, elle n'est pas visible de l'extérieur car recouverte par différentes "peaux". L'érosion des enduits nous fait aujourd'hui découvrir deux de ces "peaux" : la brique et le béton.

    La brique est un matériau économique d'autant qu'elle est produite localement. Utilisées pour le parement extérieur, les briques des différentes façades de la villa Rohannec'h étaient à l'origine dissimulées sous un enduit et par des modénatures de béton inspirées de l'architecture classique.

    La deuxième peau, apparente au début du XXème siècle, est celle d'un enduit recouvrant le béton, utilisé comme parement pour imiter la pierre. Ainsi les pilastres, par exemple, ont été moulés en béton et en stuc. Cet usage décoratif et non structurel (tel qu'il est utilisé dans l'architecture industrielle de l'époque par exemple dans les constructions ferroviaires conçues par l'ingénieur Harel de la Noë) est assez remarquable dans un bâtiment d'habitation de cette période.

    Enfin, parmi les matériaux de construction utilisés pour l'édification de la villa, citons l'utilisation de moellons de granit aux contours polygonaux pour le parement extérieur des murs du sous-sol. Il s'agit là d'un apport des innovations locales d'ingénieurs des Ponts et chaussées de la deuxième moitié du XIXème siècle, comme Harel de la Noë. On retrouve ce type de parement dans les ponts liés au passage du train, par exemple le pont de Rohannec'h (aujourd'hui disparu), les soubassements de la route qui traversent la vallée de Gouëdic ou encore le pont de Saint-Croix à Guingamp.

    Sol en granito et parquet chevron © Les M Studio
    Sol en granito et parquet chevron © Les M Studio
  • Répartition intérieure

    La villa comprend, à sa construction, un sous-sol semi enterré, accueillant les espaces de service, un rez-de-chaussée déployant les pièces de distribution et de réception (dont le vestibule, ouvrant sur une grande salle centrale flanquée de deux salons) et les deux étages supérieurs abritant des pièces d'habitation.

    A partir de 1946, les pièces d'habitation sont sensiblement modifiées par l'architecte départemental Jean Fauny, principalement entre 1946 et 1952. Il s'agit alors de ré-affecter les salles aux usages d'une école ménagère d'agriculture. Le rez-de-chaussée semble subir peu de modifications.

    Au rez-de-chaussée, les travaux de réfection de 2010 n'ont modifié ni la distribution des pièces ni les matériaux tels qu'apparents depuis la fermeture du lycée agricole. Aujourd'hui, le sol vénitien en granito dans le hall d'entrée probablement mis en œuvre par des artisans italiens, et le parquet chevron dans les salles de réception, restent inchangés depuis la construction de la villa. Les menuiseries visibles ont uniquement été repeintes. Dans la grande salle centrale, les différents miroirs continuent de porter le témoignage d'une architecture domestique et de salle de réception. Enfin, une grande baie vitrée, située au-dessus d'une cheminée, permet de découvrir l'entrée du port, grâce à un ingénieux report des conduits de cheminées sur les côtés. Seul le plafond, blanc et mouluré, probablement en stuc, a été déposé pour des questions de sécurité en 2014.

    Enfin, les étages restent aujourd'hui inaccessibles au public. Ils portent les traces des occupations précédentes et celles plus récentes à la fois des travaux de consolidation du bâti et, de manière plus poétique, les présences artistiques.